lundi 20 juillet 2015

Je. Moi. Je suis.

Je. Moi. Je suis. J’en ressentais tout le pouvoir, conscience exquise et secrète que je maîtrisais mon destin parce que je comprenais tout. Une vibration étrange parcourait mon corps : j’étais devenu lucide.

   Je rentrais chez moi, avec euphorie, éprouvant toutes mes nouvelles perceptions. Je sentais le sol sous mes pieds. Quoi de plus normal ? C’était plus que ça... le sol me sentait. Dur et froid, trépidant sous l’impulsion de mon être, l’un pour l’autre, l’un et l’autre, nous étions des parcelles du divin. Je traversais une rue dont les contours s’estompaient jusqu'à moi. Les maisons étaient des coquilles, vides du sens que je leur avais donné, les voitures le passage du hasard. « Incroyable » me répétai-je. Incroyable : ça ne l’était plus.

   J’appuyai sur la sonnette pour que Marie vienne ouvrir. Le son strident me fit tressaillir. Je l’avais entendu des milliers de fois, mais… est-ce qu’il provenait de moi ? Je me concentrai. Personne ne voulait répondre. Où était Marie ? La réponse brillait, patiente et simple. La porte s’ouvrit par enchantement ; j’étais troublé ; un éclair de compréhension traversa mon esprit. L’évidence.

   Marie n’avait jamais existé. Je n’avais jamais cessé d’être célibataire. Marie avait été une sorte d’alternative... Elle n’avait existé que pour ce moment de compréhension ultime. Je jubilais