dimanche 30 août 2015

PREMIÈRE ELEGIE

Serait-ce une vaine légende qu'autre fois dans la complainte pour Li nos la première vague de musique transperça la rigidité stérile, et que dans l'espace 
épouvanté, qu'un adolescent presque divin venait de quitter à jamais, le vide se mit à vibrer de ce mouvement qui, aujourd'hui, 
nous saisit, nous console et nous maintient.



samedi 29 août 2015

La leçon de musique

Je m'arrête à des embarras, à des images malencontreuses, à des courts-circuits plus qu'à des pensées formées et qu'assure un système prémédité qui les étaie. Que celui qui me lit ait constamment à l'esprit que la vérité ne m'éclaire pas et que l'appétit de dire ou celui de penser ne lui sont peut-être jamais tout à fait soumis. Je fais cet aveu qui coûte un peu à dire. Pourtant il n'est jamais singulier. La vérité de ce que nous disons est peu de chose en regard de la persuasion que nous recherchons en parlant et cette persuasion elle-même, qui est peu, est moins encore si nous la rapportons à la répétition pleine d'un vieux plaisir qui se cherche au travers d'elle. Ce plaisir est plus ancien que la mue. Il est plus ancien que les mots mêmes que la mue affecte, ou dont elle métamorphose l'apparence. Et les mots, comme ils n'en portent pas la mémoire, ils ne le capturent jamais. Ils ne le consentent jamais.


jeudi 27 août 2015

Silence

Je fermerai la bouche aux silences
je détournerai les violences
de la violence
je me ferai vague et odeur du temps
pour devenir un éclat de bonheur
fiché en toi
un éclat de bonheur
oui
retenu
préservé du chaos
pour toi





mercredi 26 août 2015

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent


Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front.
Ceux qui d'un haut destin gravissent l'âpre cime.
Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime.
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
C'est le prophète saint prosterné devant l'arche,
C'est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche.
Ceux dont le coeur est bon, ceux dont les jours sont pleins.
Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains.
Car de son vague ennui le néant les enivre,
Car le plus lourd fardeau, c'est d'exister sans vivre.
Inutiles, épars, ils traînent ici-bas
Le sombre accablement d'être en ne pensant pas.
Ils s'appellent vulgus, plebs, la tourbe, la foule.
Ils sont ce qui murmure, applaudit, siffle, coule,
Bat des mains, foule aux pieds, bâille, dit oui, dit non,
N'a jamais de figure et n'a jamais de nom ;
Troupeau qui va, revient, juge, absout, délibère,
Détruit, prêt à Marat comme prêt à Tibère,
Foule triste, joyeuse, habits dorés, bras nus,
Pêle-mêle, et poussée aux gouffres inconnus.
Ils sont les passants froids sans but, sans noeud, sans âge ;
Le bas du genre humain qui s'écroule en nuage ;
Ceux qu'on ne connaît pas, ceux qu'on ne compte pas,
Ceux qui perdent les mots, les volontés, les pas.
L'ombre obscure autour d'eux se prolonge et recule ;
Ils n'ont du plein midi qu'un lointain crépuscule,
Car, jetant au hasard les cris, les voix, le bruit,
Ils errent près du bord sinistre de la nuit.

Quoi ! ne point aimer ! suivre une morne carrière
Sans un songe en avant, sans un deuil en arrière,
Quoi ! marcher devant soi sans savoir où l'on va,
Rire de Jupiter sans croire à Jéhova,
Regarder sans respect l'astre, la fleur, la femme,
Toujours vouloir le corps, ne jamais chercher l'âme,
Pour de vains résultats faire de vains efforts,
N'attendre rien d'en haut ! ciel ! oublier les morts !
Oh non, je ne suis point de ceux-là ! grands, prospères,
Fiers, puissants, ou cachés dans d'immondes repaires,
Je les fuis, et je crains leurs sentiers détestés ;
Et j'aimerais mieux être, ô fourmis des cités,
Tourbe, foule, hommes faux, coeurs morts, races déchues,
Un arbre dans les bois qu'une âme en vos cohues !


La belle absente

Inquiet, aujourd'hui, ton pur visage flambe. 
Je plonge vers toi qui déchiffre l'ombre et 
La lampe jusqu'à l'obscure frange de l'hiver: 
Quêtes du plomb fragile où j'avance, masque 
Nu, hagard, buvant ta soif jusqu'à accomplir 
Limage qui s'efface, alphabet déjà évanoui. 
Létrave de ton regard est champ bref que je 
Dois espérer, la flèche magique, verbe jeté, 
Plain-chant qu'amour flambant grava jadis.




Petites scènes capitales


...la joie n’appartient pas à la durée, elle apparaît où et quand ça lui chante, comme la beauté, elle fulgure, se sauve, c’est un esprit follet, mais les petites échardes solaires qu’elle lance dans sa course se piquent dru dans la chair, ne se laissent pas oublier.
(...) rien ne pourra abolir cela qui a eu lieu : cet instant de splendeur jailli du fugace embrassement d’un arbre et du soleil. De la beauté se révélant à l’improviste, puis s’effaçant, de l’étreinte radiante de l’amour bientôt se desserrant, de la joie entrant en crue, puis refluant, quelque chose persiste par-delà la disparition. Tout ce qui excède en intensité, en présence, en saveur, laisse un reste.


lundi 24 août 2015

Le bonheur


Le bonheur, c'est tout petit
Si petit que, parfois, on ne le voit pas.
Alors on le cherche, on le cherche partout.
Il est là dans l'arbre qui chante dans le vent.
Dans le regard de l'enfant.
Le pain que l'on rompt et que l'on partage.
La main que l'on tend.

Le bonheur, c'est tout petit.
Si petit que, parfois, on le ne voit pas.
Il ne se cache pas, c'est là son secret.
Il est là, tout près de nous, et parfois en nous.

Le bonheur, c'est tout petit.
Petit comme nos yeux pleins de lumière.
Et comme nos cœurs pleins d'amour."



 

dimanche 23 août 2015

Portraits de femes

L’amour dure trois ans, dit-on, ou même moins, et c’est vérifiable quand il ne s’agit pas d’amour. En réalité, l’amour dure toujours, il faut simplement mieux définir ce toujours.
D’une façon ou d’une autre, visible ou invisible, vous sacralisez quelqu’un dans son existence entière, sa respiration et sa mort. L’amour, s’il a lieu, est plus fort que la mort. Dans l’amour, quoi qu’il arrive, même aux confins de l’horreur ou de la démence, vous touchez du doigt la défaite de la mort



EREVAN

De quoi naît le bonheur sinon du malheur ? Observe ceux qui nous entourent. Parmi eux, il y en a qui ont perdu des êtres chers au cours de ces dernières années, qui ont souffert, versé des larmes, qui ont cru mourir de douleur. S'ils n'avait pas connu ces heures tragiques, crois-tu qu'ils seraient capable de vivre pleinement ces instants de fête ? Méfions-nous des vies sans tourment. Elles nous installent dans un état de torpeur et nous donnent l'impression d'être immortel.


samedi 22 août 2015

De l'inconvénient d'etre né (extraits)

Je sens que je
suis libre, mais je sais que je ne le suis pas.

 *
 Je supprimai de mon
vocabulaire mot après mot. Le massacre fini, un seul rescapé : Solitude.
Je me réveillai comblé.

 *
 Si j’ai pu tenir jusqu’à
présent, c’est qu’à chaque abattement, qui me paraissait intolérable, un second
succédait, plus atroce, puis un troisième, et ainsi de suite. Serais-je en enfer,
que je souhaiterais en voir les cercles se multiplier, pour pouvoir escompter
une épreuve nouvelle, plus riche que la précédente. Politique salutaire, en
matière de tourments tout au moins.

 *
 À quoi la musique fait
appel en nous, il est difficile de le savoir ; ce qui est certain, c’est
qu’elle touche une zone si profonde que la folie elle-même n’y saurait
pénétrer.

 *
 Nous aurions dû être
dispensés de traîner un corps. Le fardeau du moi suffisait.

 *
 Pour reprendre goût à
certaines choses, pour me refaire une « âme », un sommeil de
plusieurs périodes cosmiques serait le bienvenu.





 

vendredi 21 août 2015

La femme à venir

J’aime cette force du trait, cet éblouissement du noir, il y a quelque chose de pourpre dans vos
noirs, comme une colère, enfin vous voilà de retour parmi nous, c’est le malheur qui fait les
vrais peintres, la joie donne des couleurs bien trop pâles, à la rigueur des aquarelles, des papiers peints, mais certes pas de grandes œuvres, n’est-ce pas, maître ? Et le maître sourit, acquiesce d’un sourire à l’architecte qui lui parle avec chaleur, une coupe de champagne rose à la
main. Cause toujours. Pour l’heure je m’efforce de peindre encore. Rien de plus que ça : encore.

  Dans les expositions, il y a des jeunes femmes minces, l’aventure flotte autour de leurs épaules
nues. Ce genre de femmes qui aiment les artistes comme on aime celui qui vous promet l’infini
pour vous seule, pour vos beaux yeux, pour votre corps adoré et votre âme sans pareille. Ce genre
de femmes qui séduisent leur séducteur. Elles traînent autour des galeries. Elles amènent l’argent et l’intelligence autour de leurs bras frais. Elles tournent autour du père qui les maintient à distance, avec un sourire. La mère les regarde, n’en pense rien. Ce n’est pas son affaire. Elle regarde les peintures. On dirait les symptômes d’une maladie indéchiffrée. Chaque tableau mesure un éloignement, une ombre agrandie par le soleil couchant.


Reve éveillé

Et Paul dans son rêve s'est éveillé, il s'est levé au-dedans de lui-même, il a su qu'il rêvait et que ce rêve était une traversée en profondeur, qu'il était convoqué dans une trouée de sa conscience, aux confins de la lucidité et de l'extravagance, de l'onirisme et de la clairvoyance. Il a regardé couler la phrase scandée de virgules et de points comme autant d'herbes, de branches et de racines livrées au courant. Scansion légère qui ne retient pas les mots, leur impose juste quelques ondulations, un discret ralentissement.



lundi 17 août 2015

Au profond intime d’une créature humaine

« Je pense qu’on ne connaît jamais personne, qu’on ne sait jamais ce qu’il y a, ce qui se passe au profond intime d’une créature humaine. Il peut y avoir des richesses de tendresse, de dévouement, de pitié qu’on ne soupçonne pas, qui ne se montrent que dans certaines circonstances rares. Juger autrui ! Ah ! on devrait toujours s’en garder. Est-ce qu’on sait, est-ce qu’on est sûr. Tel qui rit, qui est tout en boutades, en brusqueries, en indifférence, est peut-être le plus sensible secrètement. Tenez, si on pensait à tout cela, on n’oserait plus écrire, porter un jugement sur quelqu’un. »


dimanche 16 août 2015

Je voudrais pas crever

Y a du soleil dans la rue
J’aime le soleil mais j’aime pas la rue
Alors je reste chez moi
En attendant que le monde vienne
Avec ses tours dorées
Et ses cascades blanches
Avec ses voix de larmes
Et les chansons des gens qui sont gais
Ou qui sont payés pour chanter
Et le soir il vient un moment
Où la rue devient autre chose
Et disparaît sous le plumage
De la nuit pleine de peut-être
Et des rêves de ceux qui sont morts
Alors je descends dans la rue
Elle s’étend là-bas jusqu’à l’aube
Une fumée s’étire tout près
Et je marche au milieu de l’eau sèche
De l’eau rêche de la nuit fraîche
Le soleil revie
ndra bientôt.


Il faut pas oublier

"Il ne faut pas oublier que le corps dépérit, que les amis meurent, que tous vous oublient, que la fin est solitude. Pas oublier non plus que ces vieux ont été jeunes, que le temps d'une vie est dérisoire, qu'on a vingt ans un jour et quatre-vingts le lendemain. Colombe croit qu'on peut "s'empresser d'oublier" parce que c'est encore tellement loin pour elle, la perspective de la vieillesse, que c'est comme si ça n'allait jamais lui arriver. Moi, j'ai compris très tôt qu'une vie, ça passe en un rien de temps, en regardant les adultes autour de moi, si pressés, si stressés par l'échéance, si avides de maintenant pour ne pas penser à demain...Mais si on redoute le lendemain, c'est parce qu'on ne sait pas construire le présent et quand on ne sait pas construire le présent, on se raconte qu'on le pourra demain et c'est fichu parce que demain finit toujours par devenir aujourd'hui, vous voyez ?
Donc il ne faut surtout pas oublier tout ça. Il faut vivre avec cette certitude que nous vieillirons et que ce ne sera pas beau, pas bon, pas gai. Et se dire que c'est maintenant qui importe : construire, maintenant, quelque chose, à tout prix, de toutes ses forces. Toujours avoir en tête la maison de retraite pour se dépasser chaque jour, le rendre impérissable. Gravir pas à pas son Everest à soi et le faire de telle sorte que chaque pas soit un peu d'éternité. Le futur ça sert à ça : à construire le présent avec des vrais projets de vivants."




vendredi 14 août 2015

Vieille ville italienne



Quand j’habitais aux environs d’une vieille ville italienne,je suivais pour rentrer chez moi une ruelle étroite et mal dallée, resserrée entre deux murs très hauts . (On n’imagine pas la hauteur de ces murs en pleine campagne). C’était en avril ou en mai. A un endroit où la ruelle faisait coude, une odeur puissante de jasmins et de lilas tombait sur moi . Je ne voyais pas les fleurs cachées qu’elles étaient par la muraille. Mais je m’arrêtais longuement pour les respirer et ma nuit en était embaumée. Comme je comprenais ceux-là qui enfermaient si jalousement ces fleurs qu’ils aimaient !
Une passion veut des forteresses autour d’elle, et à cette minute j’adorais le secret qui faisait toute chose belle, le secret sans lequel il n’est pas de bonheur.




Lune blanche



Je ne désire de l'amour que le commencement. Au dessus des places de ma Grenade
Les pigeons ravaudent le vêtement de ce jour
Dans les jarres, du vin à profusion pour la fête après nous
Dans les chansons, des fenêtres qui suffiront et suffiront
pour qu'explosent les fleurs du grenadier

Je laisse le sambac dans son vase. Je laisse mon petit coeur
Dans l'armoire de ma mère. Je laisse mon rêve riant dans l'eau
Je laisse l'aube dans le miel des figues. Je laisse mon jour et ma veille
Dans le passage vers la place de l'oranger où s'envolent les pigeons

Suis-je celui qui est descendu à tes pieds pour que montent les mots
Lune blanche dans le lait de tes nuits? Martèle l'air
Que je voie, bleue, le rue de la flûte. Martèle le soir
Que je voie comment entre toi et moi s'alanguit ce marbre.
Les fenêtres sont vides des jardins de ton châle. En un autre temps
Je savais nombre de choses de toi, et je cueillais le gardénia
A tes dix doigts. En un autre temps je possédais des perles
Autour de ton cou et un nom gravé sur une bague d'où jaillissait la nuit

Je ne désire de l'amour que le commencement. Les pigeons se sont envolés
Par-dessus le toit du ciel dernier. Ils se sont envolés et envolés.
Il restera après nous du vin à profusion dans les les jarres
Et quelque terre suffisante pour que nous nous retrouvions, et que la paix soit



.








Savoir attendre



Il faut savoir attendre,

attends le flux de la marée,

- comme une barque sur le rivage -,

sans que le départ t'inquiète.

Quiconque attend

sait que la victoire est à lui ;

car la vie est longue et l'art est un jouet.

Et si la vie est courte

et si la mer n'arrive à ta galère

attends sans partir et espère toujours,

car l'art est long et, d'ailleurs,



c'est sans importance.





mercredi 12 août 2015

Nous vivons dans un tel chaos



J’écris sur la perte de mon foyer et de ma langue, j’écris sur la méfiance, la peur, la difficulté à parler et le déracinement. J’aime les êtres déracinés, ils possèdent une densité, une sensibilité particulières. Je recherche la simplicité comme transparence – celle qui permet de voir les choses. Nous vivons dans un tel chaos… Le but, le principe de l’écriture, consiste à cristalliser nos sentiments, nos pensées, notre imaginaire, pour leur
donner une clarté absolue. Certains noient ce qu’ils expriment dans une sorte de brouillard artistique. Je préfère la transparence, la pureté.
Une phrase doit être nette, propre, vous apporter quelque chose, vous nourrir. La littérature, si elle est littérature de vérité, est la musique religieuse que nous avons perdue. La littérature contient toues les composantes de la foi : le sérieux, l’intériorité, la musique et le contact avec les contenus enfouis
de l’âme. 




La conscience d'exister


La conscience d'exister est le tourment
Premier et dernier du raisonnement;
Qui, bien qu'étant son fils, ne l'atteint pas.
La conscience d'exister m'écrase
de Tout son mystère et de sa force
D'incompréhension profonde mais comprise
Et circonscrite, irréparablement.

Tant d'autres êtres, dans l'inconscience
Démesurée de leur inconscience !
Ce n'est pas en moi une horreur moindre
Que cette conscience de mon inconscience
Du mécanisme surnaturel
Que je suis, cercle de sensations
Roulant sans cesse, mais tujours à égale distance
Du sens inacessible de mon être.









mardi 11 août 2015

Je ne sais rien de l'inconnu

Je ne sais rien de l'inconnu
Encore moins ses mérites
J'ai vu un enterrement
J'ai suivi le cercueil
Comme les autres
Tête baissée, par respect
Je n'ai trouvé aucune raison
Pour demander
Qui était l'inconnu
Où il avait vécu et comment il était mort
Car multiples sont les causes de la mort
L'une d'elles étant le mal de vivre
Je me suis demandé: nous voit-il? ou voit-il un néant et regrette-t-il l'issue?
Je savais qu'il n'ouvrirait pas le cercueil
couvert de violettes pour nous dire adieu et susurrer la vérité
(Qu'est-ce la vérité?)
Peut-être est-il comme nous en ces heures
à enrouler son ombre
Mais il était le seul à n'avoir point pleuré
Ce matin-là
A n'avoir pas vu la mort planer sur nous 
Comme le faucon
Car les vivants sont les cousins de la mort
Et les mort sont assoupis 
Sereins, sereins et sereins
Aucune raison je n'ai trouvé pour demander
Qui était l'inconnu et quel était son nom?
Aucun éclair ne brillait de son nom
Ceux qui lui marchaient derrière
Une vingtaine ( en dehors de moi)
Je me suis égaré au fond de mon coeur
A la porte de l'église:
Peut-être était-il écrivain
Ou ouvrier ou réfugié
Ou voleur ou assassin... aucune différence
Les morts sont devant la mort égaux
Ils ne parlent pas, 
Et ne rêvent aucunement, peut-être.
Il se peut que l'enterrement de l'inconnu
Soit le mien
Mais une volonté divine le diffère
Pour une multitude de raisons
Dont une grande méprise
Sur le poème

, traduit par Blanche Colombe


lundi 10 août 2015

L'irréparable



Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords, 
Qui vit, s'agite et se tortille, 
Et se nourrit de nous comme le ver des morts,
Comme du chêne la chenille ? 
Pouvons-nous étouffer l'implacable Remords ?

Dans quel philtre, dans quel vin, dans quelle tisane, 
Noierons-nous ce vieil ennemi,
Destructeur et gourmand comme la courtisane,
Patient comme la fourmi ?
Dans quel philtre ? - dans quel vin ? - dans quelle tisane ?

Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais, 
A cet esprit comblé d'angoisse
Et pareil au mourant qu'écrasent les blessés,
Que le sabot du cheval froisse,
Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,

A cet agonisant que le loup déjà flaire 
Et que surveille le corbeau,
A ce soldat brisé ! s'il faut qu'il désespère
D'avoir sa croix et son tombeau ;
Ce pauvre agonisant que déjà le loup flaire !

Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?
Peut-on déchirer des ténèbres
Plus denses que la poix, sans matin et sans soir,
Sans astres, sans éclairs funèbres ?
Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?

[…]”


Vous m’avez pris le cœur à la gare du Nord.



Chère Marceline Desbordes-Valmore,


Il faisait froid. Il y avait tellement de monde, et en vérité personne. J’ai cherché un abri, un lieu humain. Je l’ai trouvé : le dos appuyé contre un pilier j’ai ouvert votre livre et j’ai lu votre poème Rêve intermittent d’une nuit triste. Je l’ai lu quatre fois de suite. Il n’y avait plus de foule, plus de froid. Il n’y avait plus que la lumière rose de votre chant – ce rose que Rimbaud vous a volé, entrant dans votre écriture comme un pilleur de tombe égyptienne. Qu’importe : vous revoilà. Intacte et régnante par votre cœur en torche. La vie avec vous a été d’une brutalité insensée. Plus ses coups
étaient violents, plus votre chant s’allégeait. Votre amour a triomphé de vos assassins. Ils ne voyaient pas que vos larmes étaient de feu. Je lisais, je lisais, je lisais. Votre poème avait fait disparaître Paris et le monde. Il n’y a que l’amour pour accomplir ce genre de miracle. La grâce de vos images jetait sur mon visage des reflets de rivière. Et ce rose, ce rose ! Mon dieu comme c’était beau – d’une beauté de noisetier, de soleil dans ses limbes. Si je vous vois en rose c’est parce que cette couleur n’entre jamais en guerre et semble toujours au bord de défaillir dans l’invisible. Vous lire ainsi, debout, dans le froid d’une gare, c’était une déclaration de vie, une échelle plantée sur le sol, appuyée sur le ciel.
Votre voix m’arrive avant les mots qu’elle porte. Vous lire c’est regarder le poitrail de l’oiseau qui se gonfle, vous savez, cette joie atomique qui lui monte à la gorge juste avant de chanter. Nous sommes revenus ensemble au Creusot. Les livres agissent même quand ils sont fermés. Les voix, chère Marceline, ce sont les fleurs de l’éternel mises dans notre bouche. Elles fleurissent notre crâne de mort à venir. Elles ne s’éteignent pas avec nous, elles s’éloignent, et c’est le travail du poème que de les faire revenir près de nous. La voix de mon père avait quelque chose de la croûte d’un pain chaud. Elle s’ouvrait, se donnait, était par elle-même nourricière. Votre voix à vous : le chant d’une rivière inquiète qui ne dort jamais. Ce n’est pas une image. Je vais chercher là-bas de quoi éclairer ici. C’est ce qu’on appelle « poésie », n’est-ce pas ? Il faudrait un autre nom ou même aucun, et simplement dire : croyez-le ou non, mais en entendant le chant de la rivière dans le bois de Saint-Sernin, j’ai vu un livre plus beau que tous les livres. Il était signé Marceline et s’écrivait avant ma naissance, après ma mort, tout le temps et toute l’éternité.

Chère Marceline Desbordes-Valmore vous m’avez pris le cœur à la gare du Nord et je ne sais quand vous me le rendrez. C’est une chose bien dangereuse que de lire.


1 Q84

_"J'aimerais vous souhaiter bonne chance mais je ne suis pas sûr que cela vous soit utile.
_Parce que vous êtes quelqu'un qui ne compte pas sur la chance.
_En admettant que je veuille compter dessus, je ne saurais pas trop comment la reconnaître. Je ne l'ai encore jamais rencontrée."



samedi 8 août 2015

Le plus petit baiser jamais recensé

À la tombée de la nuit, je lançai Elvis entre les étoiles et les feux de signalisation. Il s'ébroua en silence et s'évapora à l'horizon rectangulaire des habitations. Je devenais pêcheur de sirènes, avec un perroquet en guise de canne à pêche. Seuls la pharmacienne et le détective étaient au courant de mes agissements nocturnes. Ils ne me jugeaient pas, ils m'encourageaient, sentant combien cette quête me faisait du bien. C'était aussi excitant et ridicule que de plier un bout de papier pour l'enfoncer dans une bouteille jetée à la mer,[.....]

 Au lever du soleil, le perroquet revint enfin cogner à ma fenêtre. Je lui ouvris, il voleta de paroi en paroi, véritable boule de flipper vivante, avant de se coincer la tête entre les persiennes.
 Je claquai des doigts trois fois et il récita les messages qu'il avait enregistrés au fil de ses rencontres. La plupart étaient des rires plus ou moins bienveillants, certains des insultes, d'autres des blagues pas drôles et imbibées. « Oui, oui… c'est moi la fille qui… quoi déjà ? » Le perroquet contenait également un « Je suis le genre de filles qui disparaît quand on l'embrasse et j'aimerais bien connaître la suite de l'histoire » tendrement gloussé, mais c'était la voix de la pharmacienne. « Au fait, c'était Louisa », concluait-elle.




“Je continue à chercher l’expression de ces
sensations confuses que nous apportons en naissant. Je veux peindre la virginité du monde.”


Carnets de la philosophie

Douceur, lorsque les vents soulèvent la mer immense,
D’observer du rivage le dur effort d‘autrui :
Non que le tourment soit jamais un plaisir,
Mais il nous plaît de voir à quoi nous échappons.
Lors des grands combats de la guerre, il est doux encore
De regarder sans risque les armées dans les plaines.
Mais rien n’est plus doux que d’habiter les hauts lieux
fortifiés solidement par le savoir des sages,
Temples de sérénité (l‘où l’on peut voir les autres
Errer sans trêve en bas, cherchant le chemin de la vie,
Rivalisant de talent, de gloire, de noblesse,
S’efforqant nuit et jour par un labeur immense
D’atteindre à l’opulence, au faite du pouvoir.
8 pitoyables esprits cles hommes, ô coeurs aveugles !
Dans quelles ténèbreij mortelles, dans quels dangers
Se consume leur peu de vie ! N’entendent-ils pas
Ce que crie la nature ? Elle ne réclame rien,
Sinon que la douleur soit éloignée du corps
Et que l’esprit puisse jouir du bonheur,
Délivré des soucis, délivré de l‘angoisse.



L’inspiration

L’inspiration, c’est comme un oiseau doré qui nous envahit, sans qu’aucune prière, aucune supplique, aucune discipline ne permette de l’attirer. Quand il se manifeste, on le ressent
physiquement, mentalement, spirituellement : on devient transcendant. C’est alors que toutes
les années de travail prennent leur pleine justification. 


mardi 4 août 2015

Destinée

Pour agir dans le monde, il faut mourir à
soi-même… L’homme n’est pas ici-bas seulement pour être heureux, il n’y est même pas
pour être simplement honnête. Il y est pour
réaliser de grandes choses pour la société, pour
arriver à la noblesse et dépasser la vulgarité où
se traîne l’existence de presque tous les individu


la Nuit étoilée du MOMA

 Les Dits extatiques 

Je me suis dépouillé de mon moi comme
la vipère de sa peau.  
Coupe-toi de l’artifice, de l’usurpation, de la parade, de l’astuce.
 Je promis de ne rien préférer au dénuement et à la pauvreté. 
Le vrai est hors la voix, hors les lettres.   
La perfection de l’initié s’acquiert dans la brûlure.   
Les paroles des véridiques et des saints.   
– Par quel moyen as-tu obtenu la connaissance ? 
– Par un moi nu et un ventre qui a faim. 



dimanche 2 août 2015

Le livre de l'intranquilité

La plupart des gens souffrent de cette infirmité de ne pas savoir dire ce qu'ils voient ou ce qu'ils pensent. [...] La littérature tout entière est un effort pour rendre la vie bien réelle. Comme nous le savons tous, même quand nous agissons sans le savoir, la vie est absolument irréelle dans sa réalité directe : les champs, les villes, les idées, sont des choses totalement fictives, nées de notre sensation complexe de nous-mêmes. Toutes nos impressions sont incommunicables, sauf si nous en faisons de la littérature.


Sens de la vie

La vie coule entre mes doigts. Je n'ai pas réussi à en trouver le sens. Je ne vis pas, j'aveuglette. Mal avec les autres, mal avec moi-même. J'en veux aux gens de me renvoyer cette image de moi que je n'aime pas et je m'en veux de ne pas être capable de leur imposer une autre. Je tourne en rond sans avoir le courage de changer. Il suffit d'accepter une seule fois d'obéir aux lois des autres, de vivre en conformité avec ce qu'ils pensent pour que notre âme se débine et se délite. On se résume à une apparence.
Mais je reste fidèle à moi-meme 



samedi 1 août 2015

Un bon fils

“Les livres m’ont sauvé. Du désespoir, de la bêtise, de la lâcheté, de l’ennui. Les grands textes nous hissent au-dessus de nous-mêmes, nous élargissent aux dimensions d’une république de l’esprit. Entrer en eux, c’est comme aborder la haute mer ou décortiquer un mécanisme d’horlogerie extrêmement sophistiqué.”



Psychogéographie

Des êtres épinglés à la surface du monde comme des phalènes à la lueur d’un néon. Humanité déplacée, en suspens, encore présente et déjà absente. Humanité à la fois fragile et redoutée, qu’un coup de vent ou une décision politique peuvent emporter au loin.


 Sarel