samedi 8 août 2015

Le plus petit baiser jamais recensé

À la tombée de la nuit, je lançai Elvis entre les étoiles et les feux de signalisation. Il s'ébroua en silence et s'évapora à l'horizon rectangulaire des habitations. Je devenais pêcheur de sirènes, avec un perroquet en guise de canne à pêche. Seuls la pharmacienne et le détective étaient au courant de mes agissements nocturnes. Ils ne me jugeaient pas, ils m'encourageaient, sentant combien cette quête me faisait du bien. C'était aussi excitant et ridicule que de plier un bout de papier pour l'enfoncer dans une bouteille jetée à la mer,[.....]

 Au lever du soleil, le perroquet revint enfin cogner à ma fenêtre. Je lui ouvris, il voleta de paroi en paroi, véritable boule de flipper vivante, avant de se coincer la tête entre les persiennes.
 Je claquai des doigts trois fois et il récita les messages qu'il avait enregistrés au fil de ses rencontres. La plupart étaient des rires plus ou moins bienveillants, certains des insultes, d'autres des blagues pas drôles et imbibées. « Oui, oui… c'est moi la fille qui… quoi déjà ? » Le perroquet contenait également un « Je suis le genre de filles qui disparaît quand on l'embrasse et j'aimerais bien connaître la suite de l'histoire » tendrement gloussé, mais c'était la voix de la pharmacienne. « Au fait, c'était Louisa », concluait-elle.